Histoire

Là où le geste devient mémoire

Je m’appelle Karina Ticona Nava.

Je suis née à Cochabamba, en Bolivie, là où la terre s’apprend sous les doigts, et où le geste lui donne sa langue. Très tôt, j’ai compris le monde par la matière — en observant, en modelant, en laissant une empreinte.

Ma formation débute par la sculpture. Je me spécialise dans le corps féminin. Le corps devient langage : une manière de rendre visibles les émotions, les tensions, les silences. Le processus compte plus que le résultat. Chercher, recommencer, affiner.

J’ai longtemps travaillé la résine. Une matière permissive, capable de toutes les formes, mais toxique — pour le corps, pour l’environnement. Ce confort avait un prix. Il m’a fallu renoncer.

La porcelaine, mise à l’épreuve

C’est en France, à Limoges, que la porcelaine entre dans mon travail. À l’ENSAD de Limoges, puis aux côtés de Nadège Mouyssinat, la matière m’impose une autre discipline.

Je me souviens de ma première sculpture en porcelaine.
Tout le monde pensait qu’elle se briserait au four.
À l’ouverture, elle était là — fragile, intacte, complexe.
Ce moment a scellé une certitude : le geste tenait.

La porcelaine demande le contrôle et le temps. Elle impose la patience. Elle oblige à apprendre sans cesse, à travers les moules, les cuissons, les pertes. Jusqu’à aujourd’hui, je continue à en éprouver les limites.

Naissance de Sumaq Pacha

Sumaq Pacha est née de cette tension.
D’un regard façonné par la terre bolivienne, confronté à un savoir-faire transmis par le feu.

Dans mon atelier en France, chaque bijou est façonné à la main en porcelaine de Limoges. Chaque étape — modelage, ponçage, émaillage, cuisson — est un rituel. Rien n’est délégué. Rien n’est décoratif. La recherche de précision est constante.

L’or intervient avec intention. Dans les cultures andines, il est un métal sacré, lié au soleil. Il n’est pas signe de vanité, mais d’offrande. Dans mes pièces, il devient une caresse lumineuse — un geste de respect envers la matière et la terre qui l’a donné.

Le bijou comme porteur d’histoire

Transformer la sculpture en bijou, c’est lui permettre d’accompagner un corps, un quotidien, une histoire personnelle. Lui offrir un mouvement, une présence.

Le bijou devient alors un réceptacle de mémoire. Il ne cherche pas à orner, mais à porter du sens. Pensée comme une sculpture à échelle intime, chaque pièce est destinée à être habitée, transmise, vécue.